PARTIE 1 — LE BILLET ALLER SIMPLE
Je n’avais pas prévu de rentrer à Paris ce jeudi après-midi.
Mes réunions à Londres s’étaient terminées avec presque vingt-quatre heures d’avance et, après un vol passé à moitié éveillé, je n’avais qu’une idée : quitter Roissy-Charles-de-Gaulle, monter dans ma voiture et rejoindre Chantilly.
Depuis la mort de mon fils Lucas, le sommeil n’était plus vraiment du sommeil.
C’était une série de petites chutes dans le noir interrompues par les mêmes souvenirs.
Un uniforme.
Un appel à six heures dix-sept.
La voix d’un colonel.
Puis une phrase que je n’avais jamais réussi à oublier :
— Monsieur Delcourt, je suis désolé de devoir vous annoncer…
Lucas avait trente-deux ans.
Capitaine dans l’armée de terre.
Marié à Élise depuis six ans.
Père d’un garçon de quatre ans, Léo.
Il était mort onze mois auparavant pendant un accident d’entraînement. Une défaillance mécanique avait provoqué le retournement d’un véhicule blindé sur une piste. L’enquête militaire avait ensuite établi une succession d’erreurs techniques et de maintenance, mais aucune volonté criminelle.